Algorithme Parcoursup : vrai ou faux ?
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Article mise à jour le 15 novembre 2021.

Que tu sois élève de Terminale, étudiant en réorientation, ou professionnel en reconversion, tu as sans doute fait ton dossier Parcoursup pour te préinscrire dans une formation en première année. En effet, cette plateforme est devenue presque incontournable pour l’accès à l’enseignement supérieur. Pourtant, peu de monde sait comment fonctionne vraiment Parcoursup… Heureusement, Génération Zébrée est là pour t’expliquer s’il existe oui ou non un algorithme Parcoursup ! Spoiler alerte : cet article peut intéresser également les enseignants de lycée et les parents d’élèves. 

L’ancêtre de Parcoursup : l’algorithme APB 

APB et Parcoursup, quelles différences ? 

La création de la procédure Parcoursup (pour “Parcours Sup”)est directement liée à une loi. Jusqu’en 2018, les lycéens passaient par le site APB pour “admission post bac” quand ils souhaitaient poursuivre leurs études dans le Sup’. Cette plateforme faisait l’objet de nombreuses critiques. La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a proposé une loi en faveur de l’orientation et de la réussite des étudiants (loi ORE). Dès son article n°1, la loi fait référence à une plateforme nationale de préinscription dans les établissements de l’enseignement supérieur. Tu l’as compris : la nouvelle plateforme Parcoursup est née. Mais attention, il ne fallait surtout pas que cela soit une copie d’APB !

Il y a plusieurs différences entre les deux systèmes. Par exemple, la règle des 24 voeux a été remplacée par celle des 10 voeux, avec la possibilité dans certains cas de formuler des sous-voeux. De plus, il n’est plus nécessaire de classer tes vœux par ordre de préférence quand tu les ajoutes à ta sélection. En outre, l’entrée à l’université n’est plus limitée à un certain type de bac. Par ailleurs, le calendrier est très différent. Enfin, plusieurs nouveautés sont apparues, comme la fiche Avenir, le point d’étape ou la Commission d’accès à l’enseignement supérieur. Mais surtout, l’algorithme a changé ! 

D’APB à Parcoursup, un changement d’algorithme…

La principale polémique autour du portail APB concernait son manque de transparence vis-à-vis de son algorithme. C’est d’ailleurs un élément qui posait problème à la CNIL (informatique et liberté). Mais au fait, c’est quoi un algorithme ? Concrètement, il s’agit d’un programme informatique qui permet de résoudre un problème (comme en maths !). Ici, le problème pourrait être résumé ainsi : comment gérer l’affectation de milliers de bacheliers dans les études supérieures ? Pendant longtemps, ce qu’APB avait dans le ventre était caché, du genre secret défense. Pourtant, même si tu n’es pas passionné par les mathématiques ou l’informatique, c’est quelque chose de très important à savoir ! Car finalement quand on comprend l’algorithme, on peut vérifier que la procédure d’admission soit bien démocratique et équitable. 

A vrai dire, la plupart des gens ne se posaient pas trop la question du fonctionnement d’APB tant qu’il n’y avait pas de problème majeur. Mais le nombre de candidats a augmenté année après année, sans que le nombre de places dans les études supérieures soit à la hauteur. Eh oui, le taux de réussite au Baccalauréat n’a jamais été aussi élevé ! Dans les filières sélectives comme les IUT, BTS ou classes préparatoires, il y a toujours eu un tri important des dossiers et de nombreux refus. 

C’est surtout dans les Licences que le problème s’est posé. Les cursus universitaires ne sont pas sélectifs a priori, mais parfois les places disponibles ne sont pas suffisantes pour accepter tout le monde. Par exemple, STAPS (sport), psychologie, droit ou PASS (médecine) sont des filières qui attirent beaucoup les futurs bacheliers. En dernier recours, la plateforme d’inscription APB utilisait… le tirage au sort. Pas très sympa de jouer son avenir à la roulette russe, on est d’accord !

Peut-on parler d’algorithme Parcoursup ? 

Ce petit historique étant fait, vient la question à 1000 euros. Existe-t-il oui non un algorithme Parcoursup ? Il y a beaucoup de rumeurs à ce sujet… Mais pas d’inquiétude, Génération Zébrée est là trier les bonnes infos !

Pour commencer, soyons clair : il n’y a pas un gros algorithme qui trie les candidatures automatiquement et utilise le tirage au sort comme au temps d’APB. Cependant, la procédure Parcoursup repose bel et bien sur une plateforme numérique. 

Par conséquent, elle est dotée de programmes informatiques qui interviennent à différentes étapes :

  • La formulation des vœux : pour valider ou non l’ajout d’un vœu supplémentaire.
  • L’examen des candidatures par les établissements : pour faciliter le tri des dossiers par les “algorithmes locaux”.
  • La prise en compte de taux : pour donner la priorité à certains types de candidats. 
  • La phase d’admission : pour calculer l’ordre d’appel des candidats.

Un algorithme Parcoursup dès la formulation des voeux ?

Dès le début de la phase principale, les petits robots informatiques de Parcoursup se mettent en marche. Ils étudient dans le détail ton dossier de candidature. 

Ainsi, ils repèrent si tu fais partie des élèves de terminale ou bien des étudiants inscrits dans une école postbac. En fonction de cela, ils peuvent autoriser ou refuser l’ajout d’un vœu. Certes, tu peux retrouver sur la carte plus de 17 000 formations présentes sur Parcoursup. Mais toutes ne te sont pas forcément accessibles ! Par exemple, si tu souhaites ajouter un BTS hôtellerie restauration alors que tu ne fais pas partie des bacheliers professionnels, tu risques d’être bloqué par un message d’erreur. C’est aussi le cas de la plupart des prépas (CPGE), car le programme est pensé dans la poursuite du lycée. Ainsi, la prépa ECT ne recrute que des bacheliers technologiques (STMG). 

D’autre part, le nombre de vœux est limité et contrôlé par l’algorithme Parcoursup. Comme tu l’as sans doute remarqué par toi-même, il y a un outil intégré dans ton dossier : c’est le tableau de bord et son décompte des vœux. Cela signifie que l’outil suit en permanence tes faits et gestes. En même temps, on ne va pas nier que c’est très pratique ! Car la règle du nombre de vœux est plus complexe qu’elle n’y paraît. Avec les vœux multiples, les sous-voeux, les vœux en apprentissage, on peut facilement s’y perdre !

Bref, pour résumer, il y a bien des limites posées par le portail Parcoursup dès la finalisation du dossier et la saisie des vœux. Mais rien de bien problématique à ce niveau là… J’imagine que toi ce que tu veux savoir, c’est surtout comment se passe l’examen des candidatures. Entrons dans la “boîte noire” de Parcoursup pour comprendre comment sont étudiés les dossiers des candidats ! En fait, ce n’est pas Parcoursup (ou plutôt ceux qui sont derrière cette grosse machine : le Ministère de l’enseignement supérieur, l’Onisep et le Rectorat) qui décide des affectations. Ce sont les établissements dans lesquels tu as postulé qui choisissent leurs futurs étudiants, et parfois en utilisant des “algorithmes locaux”.

C’est quoi les algorithmes locaux ? 

Comme tu l’as compris, la hiérarchisation des candidatures n’est pas faite au niveau national, mais au niveau local. Toutes les formations, que ce soit la fac, les grandes écoles ou les instituts de formation, doivent s’occuper de cette lourde tâche. Petit rappel du calendrier Parcoursup : elles ont seulement 7 semaines, du 8 avril au 27 mai 2021. C’est très peu ! Surtout quand on sait que plus de 950 000 candidats ont validé au moins un vœu l’an dernier… 

Les établissements ont la possibilité de s’organiser comme ils le souhaitent. Et les situations sont très variables d’un endroit à l’autre ! Il faut dire que les petits lycées de campagne proposant un BTS ou un DCG (diplôme de comptabilité et gestion) ont nettement moins de dossiers à étudier que Sciences-po Paris… 

Dans les formations prestigieuses qui attirent des milliers de jeunes bacheliers, il est impossible de comparer chaque dossier scolaire à la main. Pour faciliter la sélection des étudiants, Parcoursup met à disposition des outils d’aide à la décision appelés “algorithmes locaux”. Késako ? En fait, c’est une sorte de logiciel qui permet de classer rapidement les candidatures. Cette nouveauté Parcoursup a déchaîné les passions. Pourtant, rien à voir avec le fonctionnement d’APB !

En réalité, peu importe que l’étude des dossiers soit faite par un professeur, un tableur ou un outil d’aide à la décision. Les résultats sont sensiblement les mêmes. Ce qui importe le plus, c’est surtout les critères utilisés ! Imaginons une formation sélective (par exemple, une classe préparatoire) qui estime qu’il faut avoir plus de 13 de moyenne générale au lycée général pour avoir un niveau suffisant. Eh bien, que le tri soit manuel ou automatisé, finalement ce sont les mêmes candidats qui recevront les réponses positives !

Extrait des indications données par Parcoursup pour utiliser les outils d’aide à la décision (aussi appelés « algorithmes locaux ») : un exemple d’algorithme Parcoursup pour étudier rapidement les candidatures

Comment sont classés les candidats sur Parcoursup ? 

Voyons maintenant dans le détail les critères d’étude des dossiers Parcoursup. Il faut savoir qu’il y a d’un côté les critères fixés par les formations post bac elles-mêmes. Et de l’autre côté, les critères nationaux, imposés par l’Etat ou le recteur d’académie. C’est là que l’on peut parler d’algorithme Parcoursup.

Comment les formations analysent-elles les candidatures ?

Les formations sélectives étudient les dossiers Parcoursup pour éliminer une partie d’entre eux (ceux qui recevront des réponses négatives dès le 27 mai). Les candidats restants sont classés du premier (= le meilleur dossier) au dernier (= celui qui a failli être refusé). Un classement est également effectué dans les filières non sélectives (aka les universités) quand le nombre de candidats est supérieur au nombre de places. On parle alors de licences “en tension”. Comme nous l’avons déjà évoqué, les établissements ont la liberté d’étudier les dossiers comme ils le souhaitent. Il n’y a pas de consigne nationale ou d’algorithme global. Cela dit, Génération Zébrée a réussi à identifier les critères les plus couramment utilisés 🙂

Voici les critères des formations :

  • Les résultats scolaires. Cela englobe tes notes de Première et Terminale, mais aussi les épreuves anticipées du bac (épreuves de Première ou spécialités). Le niveau du lycée est parfois pris en compte, en regardant la moyenne de classe, moyenne haute ou basse. Et si tu es étudiant, tes notes comptent aussi !
  • L’avis du lycée (pour les élèves de Terminale uniquement). La fiche Avenir, remplie au conseil de classe du 2e trimestre, permet de savoir si tes voeux sont en adéquation avec ton profil. Par exemple, si le chef d’établissement précise que tu es souvent en retard, cela peut être pénalisant pour certaines écoles…
  • Ta motivation. Il s’agit des rubriques “Projet de formation motivé” et “Activités et centres d’intérêt” qui sont en quelque sorte ton CV et ta lettre de motivation pour les études supérieures. Tu as donc tout intérêt à soigner ces deux éléments pour te démarquer ! Si tu souhaites changer de voie, tu peux aussi joindre une fiche de réorientation qui explique les démarches effectuées.  
  • Des compléments propres à certaines disciplines. Dans les écoles de design et d’art, il est souvent demandé de fournir un book avec tes précédentes réalisations. En STAPS, tu dois généralement remplir un questionnaire lié à ta pratique sportive. 
  • Des épreuves supplémentaires. Les écoles de commerce ou d’ingénieurs organisent pour la plupart des épreuves écrites ou orales. Généralement, elles sont regroupées au sein d’une même banque d’épreuves, comme le concours Advance.

Dans la rubrique “attendus nationaux” et “attendus locaux” de Parcoursup, tu trouveras des informations plus précises sur les critères des formations qui t’intéressent. 

Quels sont les taux fixés par Parcoursup ?

Jusque là, les programmes informatiques de Parcoursup s’en tenaient à accélérer ou simplifier la procédure. En revanche, durant la phase d’admission, on peut véritablement dire que l’algorithme Parcoursup se met en marche. Effectivement, il y a bien un outil informatique puissant qui est au coeur du fonctionnement de la plateforme Parcoursup : il est chargé de faire remonter les listes d’attente. 

Pour ce faire, il récupère les classements transmis par les établissements post bac. Puis il prend en compte des critères imposés par les rectorats d’académie. Ces deux éléments lui permettent d’élaborer une liste d’appel. Cela correspond à l’ordre dans lequel les candidats peuvent recevoir une proposition d’admission. 

Voilà les critères fixés par les rectorats :

  • Le taux minimal de boursiers. Il s’agit d’une mesure sociale permettant d’avantager les bénéficiaires de la bourse nationale de lycée (et pas des autres bourses existantes !) dans l’ensemble des formations disponibles sur Parcoursup (y compris les lycées et écoles privées). 
  • Le taux maximal de non-résidents, afin de pouvoir facilement se rendre à la fac près de chez soi. Si tu postules dans une université parisienne alors que tu habites dans le Sud, tu as un peu moins de chance d’avoir une réponse positive ! 
  • Les taux spécifiques des IUT (institut universitaire de technologie) et STS (section de technicien supérieur), dans lesquels sont préparés les BUT et BTS. Pour chaque type de bac (pro, techno ou général), un taux maximal est fixé. En effet, les BTS ont été initialement créés pour la filière professionnelle et les DUT (ex BUT) pour la filière technologique.

Si tu as bien suivi, tu vois qu’il est possible de voir un candidat moins bien classé remonter plus vite sur les listes d’attente. Il a probablement bénéficié d’un taux à son avantage !

Tu es arrivé à la fin de l’article, alors BRAVO ! Tu as découvert la face la plus sombre de Parcoursup, ou du moins la plus technique. On peut dire que tu fais désormais partie du petit groupe des experts Parcoursup. Et si cela ne te suffit pas, découvre tous nos conseils pour mettre toutes les chances de ton côté sur notre méga article Parcoursup 2021 !

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